Lipombo (élongation crânienne du nourrisson Mangbetu)
La pratique aristocratique Mangbetu consistant à lier le crâne d'un nourrisson avec des enveloppes de fibres peu après la naissance afin d'allonger le crâne de manière permanente, marque le statut de la noblesse et inspire directement le style artistique de la cour.
La pratique du lipombo était au cœur de l'identité visuelle et sociale de la noblesse Mangbetu du nord-est du Congo. Appliqués dans les semaines suivant la naissance, les liens serrés en écorce ou en fibre réorientaient la croissance du crâne encore malléable vers le haut et l'arrière, produisant un crâne allongé et légèrement bombé, permanent et immédiatement visible tout au long de la vie d'une personne. Enid Schildkrout et Curtis Keim (African Reflections : Art from Northeastern Zaire, 1990) montrent que le lipombo était réservé à l'élite héréditaire (na) et constituait l'un des marqueurs les plus lisibles du rang social dans la société Mangbetu, porté en même temps que la coiffure élaborée en forme d'éventail (chapeau de paille) qui amplifiait encore l'allongement du profil crânien. Cette pratique semble avoir considérablement diminué pendant la période coloniale belge, la pression administrative et l'influence des missionnaires l'ayant découragée, et Schildkrout et Keim notent qu'elle avait largement cessé au milieu du XXe siècle.
La conséquence artistique directe du lipombo est que le style de cour anthropomorphique Mangbetu encode une idéologie aristocratique dans chaque représentation de la tête allongée. Lorsqu'un sculpteur représentait le crâne et la coiffure en éventail sur le manche d'une harpe, l'épaule d'un récipient en céramique ou une épingle à cheveux en ivoire, l'objet se déclarait lui-même un artefact de la culture de cour par référence au marqueur biologique le plus distinctif de la classe dirigeante. Cette relation entre les modifications corporelles et l'art figuratif est inhabituellement directe et bien documentée pour l'Afrique subsaharienne, et elle constitue la base interprétative pour lire l'ensemble du corpus anthropomorphique Mangbetu comme politiquement et hiérarchiquement spécifique plutôt que comme génériquement décoratif.