Ce que cet objet nous raconte.
Ancrée dans les recherches de terrain, les fonds muséaux et la littérature spécialisée — racontée avec respect pour le contexte dans lequel cet objet a vu le jour.
SENUFO Femme Pombibele Rhythm Pounder (Trio, 135 cm)
Ces trois statues en bois massif (deux féminines, une masculine) se distinguent par leur étirement vertical extrême et élégant, leurs membres arqués en forme de colonne et leurs coiffures en peigne, qui reposent tous sur des socles cylindriques épais et lourds. Le bois fortement oxydé présente de légères traces d'usure sur les torses et de graves dommages dus aux coups sur les socles.
1. Style esthétique et caractéristiques régionales
Ces figures, connues sous le nom de pombibele ("celles qui donnent naissance au poro"), représentent le sommet absolu de l'élégance sculpturale des Sénoufo. Les statues sculptées par les travailleurs du bois Kulebele sont des chefs-d'œuvre de forme étirée et aérodynamique. Les corps sont étirés en lignes courbes d'une finesse inimaginable, les bras étant séparés du tronc pour créer un espace négatif. Les figures féminines sont dotées de seins proéminents et coniques qui symbolisent l'alimentation maternelle, tandis que la figure masculine présente la même abstraction calme et géométrique, créant ainsi une esthétique parfaitement équilibrée de l'harmonie sexuelle.
2. Fonction rituelle et contexte de société secrète
Les pombibele sont des instruments dynamiques et cinétiques utilisés exclusivement lors des rites funéraires des initiés âgés décédés de la société secrète Poro. Tenus par les bras ou la taille, les jeunes initiés frappent directement sur la terre les lourds socles cylindriques des statues dans une danse rythmée et trépidante. On pense que cette vibration acoustique et physique éveille les ancêtres, purifie le bosquet sacré et assure le passage réussi de l'esprit de l'ancien défunt dans le royaume des morts.
3. Patine physique et preuve d'âge
Les traces physiques sur ces trois statues confirment leur utilisation cérémonielle intensive. Les torses, les hanches et les bras sont recouverts d'une patine de frottement sombre, incroyablement lisse et brillante, qui est le résultat direct de la manipulation par des mains moites et couvertes d'huile lors de longues danses funéraires. En revanche, les épaisses bases cylindriques sont très abîmées, brisées et comprimées, preuve indéniable de leur fonction première d'instruments de percussion et de mise en terre dans la première moitié du XXe siècle.



