Objets rituels BAMUM Meshango (paire 022+023, Bamin Chiefdom)
Ces deux sculptures en bois hautes et complexes présentent de grandes têtes stylisées surmontées de figures assises entièrement mobiles. Les surfaces présentent des motifs géométriques profondément sculptés, de grands yeux intenses et une patine sombre et variée.
1. style esthétique et complexité structurelle
Ces objets témoignent de l'incroyable ambition structurelle des sculpteurs sur bois bamum. À l'origine, ils étaient sculptés en tant que masques meshango massifs. Leur conception est extrêmement complexe et comprend une tête de base colossale avec une figure tridimensionnelle complète trônant sur la couronne. Cette verticalité empilée est une marque de fabrique de l'art royal des Grassfields et vise à donner au porteur une apparence surhumaine et imposante. Les lourdes scarifications géométriques et les yeux intenses et fixes sont sculptés avec des traits de boutoir profonds et agressifs et visent à transmettre une aura d'autorité absolue et sans compromis.
2. fonction rituelle et évolution de l'usage
L'histoire de ces pièces illustre parfaitement le cycle de vie dynamique des objets rituels africains. A l'origine, elles étaient exclusivement dansées par le chef lors des funérailles, des fêtes de la moisson et des grands événements, afin d'exiger de ses sujets une obéissance inconditionnelle. Au fil du temps, alors que l'aspect performatif du rituel perdait sa signification initiale, le chef dominant de la chefferie Bamin a courageusement réutilisé les masques. En plaçant les masques mis au rebut sur des supports dans sa salle de réception, il les a transformés d'objets de danse actifs en monuments statiques et intimidants du pouvoir d'État, destinés à subjuguer et à impressionner les invités.
3 Patine, altération des matériaux et preuve de l'âge
Les surfaces présentent une patine à deux niveaux : l'usure fondamentale, les taches de sueur et le ramollissement des bords de leur première vie en tant que masques de danse actifs, superposés à une patine plus sèche et plus poussiéreuse qu'ils ont acquise au cours de leur vie ultérieure en tant qu'objets d'exposition fixes. Le bois présente des fissures naturelles de dessiccation le long du fil vertical, ce qui est tout à fait compatible avec un long vieillissement dans un environnement tropical. Ces preuves physiques confirment parfaitement le récit oral du chef sur le passage de la représentation à l'exposition.
Résumé
Ces objets Meshango sont des chefs-d'œuvre monumentaux de l'art de la sculpture Bamum, qui représentent l'évolution de l'art d'État africain. Leur passage de masques de danse effrayants à des monuments royaux statiques offre un rare aperçu physique des stratégies changeantes de la chefferie.

