SHONKORO Couple d'ancêtres tubulaires allongés en laiton (150 cm - Fonte idiosyncrasique de style moderniste)
Une paire monumentale (150 cm) de figurines moulées en laiton, un homme et une femme. Ils sont incroyablement minces et allongés, avec des membres fortement abstraits, presque tubulaires, et des traits du visage sévères et anguleux.
1. style esthétique et abstraction moderniste
Ces figures proviennent des Shonkoro, une tribu isolée et fortement animiste qui vit dans les forêts au nord de Foumban, à la frontière de la région de Tikar. L'esthétique est étonnamment unique. Comme le confirme explicitement Hornek, les Shonkoro utilisaient certes la technique de la cire perdue de leurs voisins Tikar, mais renonçaient totalement au réalisme volumétrique et musclé typique des figurines en laiton de Grassfield. Au lieu de cela, ils ont étiré et simplifié la forme humaine pour en faire des abstractions extrêmes, allongées, presque tubulaires. Hornek constate que leur travail "présente des traits très singuliers, dont certains semblent presque modernes" - une qualité proto-moderniste frappante qui les sépare totalement des canons artistiques des royaumes bamum et tikar environnants.
2 Fonction rituelle et pouvoir d'isolement
Comme le documente Hornek, le peuple Shonkoro était qualifié avec mépris par les Bamum de "sauvages" et de "paysans primitifs de la brousse" Ce profond préjugé a toutefois agi comme un bouclier : il a permis aux Shonkoro de vivre dans un isolement total, sans être dérangés par les machinations politiques du sultanat de Foumban. Ces figurines monumentales en laiton représentent probablement un couple d'ancêtres dans lequel sont ancrés les rituels profondément animistes et mystérieux de la tribu. Comme ils étaient soustraits à l'influence homogénéisante de la cour bamum, les Shonkoro ont pu développer et utiliser cet art cultuel très particulier et très indépendant. On ne sait que très peu de choses sur les coutumes spécifiques des Shonkoro.
3 Patine, altération des matériaux et preuve d'âge
Les surfaces en laiton présentent une patine épaisse, non polie et très complexe. Contrairement aux bronzes de prestige brillants et souvent dépoussiérés des cours bamum, ces figurines présentent une oxydation sombre et terreuse avec un vert-de-gris bien visible, ce qui indique qu'elles ont été conservées dans un environnement isolé et profondément boisé. Les imperfections authentiques de la fonte et les coutures rugueuses et non lissées sont une preuve supplémentaire qu'elles proviennent d'une fonderie isolée et très traditionnelle, qui travaillait totalement en dehors des ateliers royaux commerciaux.
Résumé
Ces figurines en laiton shonkoro incroyablement rares sont des chefs-d'œuvre d'abstraction moderniste allongée. Elles sont des témoignages physiques profonds de la façon dont l'isolement culturel et les préjugés ont permis à une tradition artistique unique et brillante de s'épanouir dans les forêts camerounaises.
