Figure d'abandon de pouvoir recouverte de cuir de BAMUM (Tam Mayoh-Mabouo - caution d'autorité de pré-audience)
Une sculpture en bois incroyablement puissante et complexe, entièrement recouverte de cuir animal sombre. Elle représente une figure de chef debout avec une coupe massive munie d'un couvercle qui constitue sa partie centrale. Une figure guerrière plus petite, accroupie, fait office de caryatide, soutenant le bol par le bas.
1. style esthétique et monumentalité recouverte de peau
Cet objet de la chefferie Tam Mayoh/Mabouo est une performance esthétique époustouflante. Il associe la complexité monumentale et structurelle de la sculpture bamum à la technique inquiétante du revêtement de peau (typiquement associée à la région de Cross River - cf. objets 241-242 de Kouoboum). La peau d'animal mouillée était tendue sur la sculpture élaborée à plusieurs niveaux - y compris le chef, le bol massif et le guerrier sous-jacent. En séchant, elle s'est rétractée dans les fissures profondes, créant une présence visuelle sombre, charnue et intimidante. Comme Hornek le confirme explicitement, la capuche et le collier du chef indiquent le rang élevé du personnage principal.
2 Fonction rituelle et transmission du pouvoir
Comme Hornek le documente en détail - et c'est l'un des mécanismes psychologico-politiques les plus sophistiqués de la collection - cet objet se trouvait juste devant les locaux du chef de clan. Le mécanisme littéral de Hornek :
"Toute personne qui lui rendait visite - de son plein gré ou appelée - devait y déposer symboliquement son autorité afin de se présenter devant le chef en tant que 'sans pouvoir'. Le chef puissant pouvait alors agir à sa guise avec le 'sujet sans pouvoir'. A la fin de l'audience, les "sans-pouvoir" récupéraient leur pouvoir dans le bol. Pour éviter ce 'jeu' de la perte de pouvoir, de nombreux membres de la tribu renoncent à rendre volontairement visite au chef"
Selon Hornek, la figure de guerrier accroupi sous le bol à couvercle "observe chaque visiteur qui se soumet à ce rituel" Ainsi, l'objet est à la fois : (1) gardien physique de la porte, (2) instrument psychologique de soumission, (3) témoin surnaturel par la figure du guerrier comme œil du chef. Comparer les objets 161-162 (bamileke "pierre pacte" - pierres qui donnent et demandent le pouvoir) pour un mécanisme parallèle.
3. patine, altération des matériaux et preuve de l'âge
L'état physique de la garniture en cuir confirme parfaitement son âge et son utilisation rituelle intensive. La peau a durci et s'est solidifiée en une croûte profonde et noircie. Les bords du couvercle et le bord de la coque présentent des signes extrêmes d'usure par frottement lissé et de légères fissures, ce qui prouve qu'elle a été ouverte et fermée en permanence pendant des décennies par des centaines de visiteurs inquiets. Le bois sous-jacent et la figure guerrière accroupie présentent la patine sèche et historique d'un objet qui vient d'être conservé en dehors d'une structure palatiale traditionnelle.
Résumé
Ce récipient recouvert de peau est un chef-d'œuvre de la guerre psychologique et de l'art d'État de Grassfield. En obligeant les visiteurs à déposer physiquement leur pouvoir dans le bol charnu, il servait de gardien de porte ultime de l'autorité absolue du chef Mabouo.

